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La vie révélée d’Antoine Coudert

Entre Limousin et Auvergne, la vie d'errance et de lumière du photographe corrézien Antoine Coudert (Article paru dans La Montagne, 16 juin 2026)

À partir de ses clichés, Martine Doutey imagine le roman de la vie d’Antoine Coudert, un photographe ambulant originaire d’Eygurande à la croisée des XIXe et XXe siècles.

Martine Doutey a mis 20 ans pour finalement se lancer dans ce projet : se mettre dans les pas du photographe ambulant Antoine Coudert et écrire sur sa vie et son œuvre. De sa vie justement, on ne sait pas grand-chose. Qu’il est né de père inconnu en juillet 1866 à La Besse, sur la commune d’Eygurande ; sa mère se louait comme journalière dans les fermes, racontent Régine Malveau et Jean-Marc Nicita, les deux archivistes qui ont mis son travail en lumière. Mère et fils s’installeront au village de Mareix, sur la commune d’Aix, en 1894.

Antoine Coudert est affligé d’un pied-bot et, bien qu’instruit, il est considéré comme un marginal ; son surnom de « Toqué » le poursuit partout entre Limousin et Auvergne, qu’il sillonnera tout au long de sa vie. L’histoire raconte que c’est grâce à un petit héritage laissé par son père qu’il a pu s’acheter appareil, plaques et produits pour se lancer dans la photographie.

Dans les pas du « Toqué »

Au terme d’une vie d’errance, de solitude et de pauvreté, Antoine Coudert se donne la mort en juillet 1910. Selon la presse d’alors, l’homme de 44 ans aurait avalé du cyanure de potassium qu’il employait pour révéler ses photos. « Quand on voit ses photos aujourd’hui, on se dit que c’est magnifique, s’enthousiasme Martine Doutey. Il était sensible au passé et à l’humain. Il témoigne de la vie de ces petites gens dont on n’aurait plus aucun souvenir. Là, on voit leurs visages et on peut imaginer leurs vies. »

C’est ce qu’elle fait dans son livre Épreuves d’Antoine Coudert (Éditions Mon Limousin), se plaisant à réinventer le quotidien du photographe à l’aune de ce qu’il raconte à travers ses photos. Avouant entre les lignes avoir été « touchée par ce personnage ». « Il était un artiste. Il avait un sens de la mise en scène et il avait bien compris, en prenant ses photos en extérieur, qu’il avait besoin d’une bonne lumière. J’aime ces parcours exceptionnels de petites gens qui arrivent malgré tout au bout de leurs rêves. Un peu comme une revanche sur la vie, parce qu’en photographiant, il prend le pouvoir. »

En quête du bonheur

Dans cette histoire d’héritage, « j’y ai vu quelque chose de l’ordre de la transmission, très belle et symbolique, quelque chose du lien. Je me plais à rêver que son père ne l’avait pas oublié, c’est une belle histoire. Je la crois juste en tout cas et je la défends volontiers. »

Ni biographie, ni traité photographique, son livre se lit comme un voyage, sensible et poétique comme le sont les photos d’Antoine Coudert. « Elles nous renvoient quelque chose de lui, de son âme. Sa vie est comme une tragédie. Je suis donc partie du jour où il décide de se suicider, comme s’il sortait ses plaques de leurs cartons et refaisait tout son parcours. Il en révèle certaines et se sert de son révélateur, peut-être, pour mourir. »

« Tout cela est romancé bien sûr, mais je trouve pertinent qu’il ait commencé sa carrière en photographiant une jeune fille sur son lit de mort. J’avais envie que cette photo soit marquante pour lui, un peu comme une Ophélie. Son drame, c’est de ne jamais avoir pu être heureux, alors qu’il passait son temps à photographier le bonheur des autres. » 

Épreuves d’Antoine Coudert , de Martine Doutey (Éditions Mon Limousin), 192 pages, plus de 60 photographies, 26 €. 

 Une vie au fond d’un grenier

Aix-la-Marsalouse recélait un trésor et elle l’ignorait. En 1977, des travaux sont entrepris dans la mairie. Du grenier, sont exhumées 99 plaques de verre au gélatino-bromure d’argent, rangées dans de petites boîtes en carton. Certains de ces négatifs portent la signature « A. Coudert ». Le maire Paul Couzelas les donne aux Archives départementales de la Corrèze.

Quelques années plus tard, deux archivistes, Régine Malveau, documentaliste, et Jean-Marc Nicita, photographe, se passionnent pour cette découverte et ouvrent l’enquête : qui est ce A. Coudert?? Dans les archives et sur le terrain, ils retrouvent la trace de ce photographe ambulant du pays d’Eygurande, au tout début du XXe siècle. Ne bougeons plus, c’est le titre de la première exposition, fruit de leurs recherches, qu’ils présentent à Aix en juillet 1988.

D’autres suivront, dont une à Édimbourg, à l’Institut français d’Écosse, ainsi que des publications : dans les Cahiers de la photographie de Saint-Benoît-du-Sault, dans divers revues et journaux ; il a aussi fait l’objet d’un documentaire pour France 3 Limousin-Poitou-Charente. En 2005 et 2006, la vie d’Antoine Coudert a encore inspiré deux romanciers. « Une belle revanche pour ce Toqué communal méprisé de son vivant », analyse un Aixois dans le bulletin municipal de janvier 1989. 

Sources Archives départementales de la Corrèze. Le fonds Antoine Coudert est consultable à la référence 9Fi sur le site archives.correze.fr

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